Table des matières

Mémoire de M1 Parcours GAF

Anné 2010-2011

Faculté de Sciences du Langage UFR ITIC Montpellier 3

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Internet et Pratiques Citoyennes

Etude des potentialités et de la portée de la Ligne De Vie appliquées à l'éducation démocratique.

Jean-Baptiste Gibily sous la direction de Madame Chantal Charnet, Professeure des Universités (PU1) en Sciences du Langage et Directrice de l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication (UM3)

Remerciements

Je tiens à remercier particulièrement Philippe Ameline et Alain Gibily pour avoir fourni et autorisé la reproduction d'une grande part du matériel élaboré dans le cadre de leur projet de gestion de soins, pour avoir répondu à mes nombreuses questions et avoir été si disponibles.

Je souhaite aussi remercier ma directrice de mémoire, Madame Charnet, pour avoir su m'offrir la flexibilité nécessaire à la réalisation de mon mémoire et m'avoir soutenu dans mon projet.

Introduction

Du grec σχολή, qui signifiait “arrêt du travail” ou encore en latin “schola” (= loisir studieux), la conception que nous avons de ce mot a évolué (dérivé) pour devenir un terme aliénant (“l'école obligatoire”) auquel on associe souvent le verbe “devoir”. Depuis Napoléon, les écoles sont carrément devenus “grandes” et par là même, des lieux prestigieux réservés à l'élite de la nation (École Normale Supérieure, École Polytechnique, École de Sciences Politiques etc.).

Doit-on considérer que l'éducation est l'affaire de l’École, de la mère, du père, de la société dans sa totalité ? Lorsqu'un enfant se comporte mal dans un lieu public, est-ce ma responsabilité de lui indiquer qu'il ne respecte pas les règles que la société a posées ou bien n'y a t il que ses parents (aussi laxistes soient-ils) qui ne puissent faire leur devoir ? L’éducation est-elle un droit, un devoir ou bien peut-elle être envisagée comme un processus naturel qui trouve son cours dans le constant mouvement des relations inter-personnes ?

Retournons un instant à la Grèce de l'antiquité 1), qui envisageait de manière novatrice la société (organisée en Polis) et l'organisation de la transmission des connaissances. L'exemple singulier de Sparte, loin d’être un modèle en tous points, reste cependant intéressant par la mise en application des idées suivantes :

  1. la responsabilité de chacun vis-à-vis de l'éducation des jeunes 2)
  2. la totale prise en charge de l'éducation par l’État.
  3. l'éducation obligatoire qui permettait à un spartiate d'accéder au rang de citoyen
  4. les séances quotidiennes de morale qui consistaient en un dialogue entre l'ilé du groupe et les jeunes. Ceux-ci devaient dûment chercher à argumenter les réponses à des questions comme “que pensez-vous de cette action ?” ou bien “quel est l'homme le plus honnête de la ville ?”. Le but étant de former le jugement et d'inculquer des valeurs que la ville considérait comme des vertus (honneur, courage, fraternité)
  5. les enfants étaient admis aux repas communs des citoyens afin de profiter des conversations (même s'ils ne pouvaient y prendre part)
  6. une fois jeune citoyen, le spartiate devenait à son tour un tuteur (eraste) d'un plus jeune afin de le guider dans sa formation

Bien sûr, l'éducation spartiate se cantonnait principalement à l'éducation physique des jeunes ; peu d'entre eux pouvaient se vanter de savoir lire et écrire convenablement et encore moins de savoir compter, faisant d'eux d'excellents combattants et surtout des citoyens au sens fort du terme (pleinement conscients de leurs droits et devoirs vis à vis de leurs semblables) mais guère de lettrés.

Il est intéressant de noter à quel point sont liées les notions d'éducation et de citoyenneté pour les spartiates; le concept de cité étant si cher aux grecs de l'antiquité.

Ces manières de faire sont très différentes d'une époque à une autre, d'un peuple à un autre et conditionnent aussi bien qu'elles reflètent les besoins et les aspirations de la société en question. Par exemple, en occident, au Moyen Age (surtout entre le V° et le VI° siècle), l'éducation, la transmission des savoirs se faisait de manière très inégale. Le charpentier enseignait à son fils la charpente, le maçon, la maçonnerie, les lettres étaient essentiellement l'affaire des hommes d'église qui pourvoyaient à l'éducation de leurs semblables ainsi qu'à celle de la progéniture des plus nantis. On considère parfois Charlemagne (VI° siècle) comme “l'inventeur de l'école”, une forme primaire d'organisation de l'instruction qui précède la naissance des premières universités (aux XI°/XIII° siècles). Celles-ci resteront à la charge de l’Église et les “écoliers” seront considérés comme des clercs pour encore plusieurs siècles.

Etat des lieux, aujourd'hui

Les progrès des sciences ont fait subir aux sociétés humaines (mais en particulier occidentales, qui en ont le plus bénéficié) des changements radicaux non quantifiables au cours des derniers centenaires et de façon plus marquée encore les dernières décennies. Tous les domaines ont été bouleversés et c'est ainsi que nous nous apprêtons à partager le constat dans trois domaines en particulier, l'éducation, les pratiques citoyennes et les nouvelles technologies de l'information.

Du point de vue de l'éducation

Aujourd'hui, l'éducation en France offre l'illusion de l'égalité puisque tous les enfants peuvent (doivent) aller à l’école (en tous cas accéder à l'instruction) depuis Jules Ferry 3), de 6 à 13 ans. En 1936, la limite d'âge a été portée à 14 ans, puis à 16 ans depuis le 6 janvier 1959.

  • L’École est gratuite
  • Elle est fondée sur le principe d'égalité des chances
  • Elle est centralisée sous la forme d'un ministère qui prend les décisions à appliquer dont le représentant est désigné par le chef de l’État.

Elle est donc le produit de la démocratie représentative, envers laquelle les contrepouvoirs sont difficiles à appliquer (quels sont les recours du citoyen qui pense que les heures de cours sont trop nombreuses, que tel professeur ne fait pas son travail consciencieusement, que les élèves sont trop nombreux, que telle ou telle matière est ou n'est pas indispensable ? etc.). Le ministère est donc pratiquement seul maître à bord. L’École est ainsi devenue affaire de l’État à tel point que de plus en plus de parents, notamment dans les zones les plus défavorisées, se déchargent d'une part de leurs responsabilités d'éducateurs et d'autre part se dressent contre les professeurs pour protéger les intérêts à court terme de leurs enfants. Ces parents qui n'ont pas une attitude citoyenne, responsable, sont pourtant bien le fruit de ce même système éducatif qui a fait d'eux ce qu'ils sont devenus !

De nombreux dysfonctionnements sont donc à déplorer :

  • Le nombre d'heures de classe au lycée et collège est bien supérieur à d'autres pays qui présentent pourtant des meilleurs résultats. 4)
  • Le nombre de bacheliers ne cesse d'augmenter chaque année evolution_baccalaureat.jpg5) mais le niveau des épreuves du baccalauréat chute d'année en année.
  • Inégalité des chances

Maîtrise des compétences de base à la fin de la 3ème.

hors EP AR Différence
% d’élèves maîtrisant les compétences de base en français 81,6% 50,6% 31%
% d’élèves maîtrisant les compétences de base en math 89,6% 66% 23,6%

source : Ministère de l'éducation nationale 6)

  • L'absentéisme à l'université est un problème qui prend de l'importance. Par exemple, le CHU de Rennes déplore à cet égard une augmentation de 21,5% de l'absentéisme, de 1997 à 20047) .
  • Le modèle de l'enseignement magistral est archaïque et inadapté aux formes d'apprentissage très variées d'une grande partie des individus 8)
  • Le sous-emploi des jeunes diplômés est un phénomène récent et qui prend de plus en plus d'ampleur. Au lieu d'être un atout, le diplôme devient à notre époque inutile voir un poids ! La surqualification ne permettant pas de trouver facilement un emploi9)
  • On constate encore de gros problèmes d'harmonisation européenne et mondiale pour l’équivalence des formations.
  • Enfin et façon générale, on déplore un manque de considération de la personne dans les formations traditionnelles; de grandes difficultés pour l'orientation (comment peut-on orienter quelqu'un vers son épanouissement que l'on cherche à formater?). Ce qui a pour conséquence que les élèves sont pas assez impliqués, ni dans leur formation, ni dans leur projet professionnel.

En tout état de cause, l'école étatique publique, mais aussi l'enseignement supérieur ne sont plus adaptés aux besoins actuels en France ainsi qu'en Europe. Cet avis semble bien partagé par le CERI10) de cette façon : “à savoir que les approches universelles d’acquisition de connaissances scolaires et d’organisation de l’école ne sont guère adaptées aux besoins des individus et de la société du savoir dans son ensemble”

Les nouvelles directions

Heureusement, les méthodes ont tout de même évolué, et on trouve globalement plus de débats, de travaux de groupes, et d'expression orale dans les classes actuelles qu'il y a une centaine d'année.

De nombreux auteurs, de plus, conscients des écarts entre réalités de la société, humanisme et besoin de transmettre les connaissances et d'instruire les nouvelles générations poussent la réflexion plus avant et imaginent les formes nouvelles que devraient prendre l'éducation et l'instruction. David Hopkins, Conseiller en chef auprès des ministres de l’Éducation du Royaume-Uni est le rédacteur de l'introduction du rapport conjointement élaboré par le ministère de l’Éducation et des Compétences (DfES) du Royaume-Uni11), l’institut Demos et l’OCDE/CERI. Il y fait état d'un certain nombre de manques mais surtout de l'importance de la personnalisation de l'éducation (matières, rythme, modalités d'enseignement, “d'examination” …).

Confirmant ses dires et toujours dans le même rapport, Miliband (2004)12) évoque les buts des nouvelles orientations que doit prendre l'enseignement :

  • viser l'excellence et l'égalité
  • concilier souplesse de la prestation et responsabilité à l’égard des résultats
  • satisfaire l’exigence selon laquelle les services universels devraient privilégier la personne
  • valoriser le dialogue et les débats afin d'affirmer la confiance en soi, améliorer la participation
  • respecter l'élève en tant que personne ayant aussi un vécu digne d'attention (apprendre fonctionne toujours dans le deux sens)
  • prêter attention à la progression de l'élève plutôt que de ne se focaliser que sur des résultats absolus d'examens
  • nouveaux modes d’évaluation (portfolio, évaluation directe des performances)

On peut dégager d'autres volontés de changements dans la pédagogie, notamment :

  • le développement de l'apprentissage collaboratif via la coopérative scolaire (Freinet, 1977 )« La coopérative, c’est à la fois le bien commun, le lien du groupe, l’outil d’autogestion, le forum, l’école de la démocratie. Les réunions sont hebdomadaires. Au minimum, il s’agit d’un tour de tous les plans de travail. Mais presque chaque semaine on débat ensuite d’un sujet important pour le moment où on prend collectivement des décisions qui concernent tout le monde. Décision de participer ou non à un concours ; choix de ce qu’on fera pour y participer ; sélection de ce qui sera planté ou semé dans le potager ; décisions sur des achats ; réponse/débat au sujet des questions de la boîte à questions ; élaboration ou modification du règlement intérieur ; distribution des responsabilités ; élections… Comme il y a un (ou une) responsable de la coopérative, élu(e), c’est lui ou elle qui préside les débats, donne la parole, fait le compte-rendu ou attribue cette tâche à un autre enfant. Le rôle de l'instituteur se limite à veiller à ce que tout se passe bien, à prendre des décisions qui ne peuvent être prises par les enfants, à accélérer un peu lorsque le débat s’enlise. »

La pédagogie de groupe est aussi défendue par Cousinet (1967) 13), qui a inspiré Freinet.

  • Souligner la nécessité d'une coopération entre enseignants

Le métier d'enseignant doit évoluer, en mettant l'accent sur une meilleure communication et collaboration inter-personnelle d'éducation

  • Le témoignage du récent succès des formations en apprentissage. En effet, de 1992 à 2009 les flux annuels des entrées en nouveaux contrats d'apprentissages sont passés de 125.000 à 275.000.

Source : Dares 14)

Enfin, certains auteurs vont même jusqu'à proposer une refonte complète du système en passant par l'abolition de l’École. Ivan Illich défend par exemple ce point de vue.

“l'éducation démocratique et libertaire (libre) est fondée sur le préalable que les gens sont naturellement curieux et ont un désir inné d'apprendre et de grandir. Si l'éducation n'est pas entravée, pas sous la contrainte, et non manipulée (par exemple par des pratiques éducatives traditionnelles qui entraînent souvent la diminution de ces caractéristiques innées), les gens vont vigoureusement et avec enthousiasme poursuivre leurs intérêts, et donc chercher à apprendre et à donner un sens à leur “vie” et de concert avec les autres. Et parce que ces personnes sont elles mêmes honorées et respectées dans ce processus, qu'elles se socialisent dans l'honneur et le respect de la dignité et l'autonomie des autres. (Dennison, 1969; Illich, 1971;; Hern, 1996; Holt, 1972, 1989 Llewellyn, 1997; Mercogliano, 1998; Neill, 1992).” 15)

D'autres projets fleurissent comme La main à la pâte (depuis une quinzaine d'années) avec pour objectifs une remise à plat de certains principes d'éducation, notamment en ce qui concerne l'implication de l'environnement social (dont celui familial) des enfants 16).

En termes de pratiques citoyennes

Ces dysfonctionnements et aberrations se retrouvent dans la vie citoyenne de tout un chacun qui est réduite à une élection présidentielle tous les 5 ans puis qui se trouve nourrie de désillusions, quelques élections municipales et régionales; bien trop peu de référendums. En découle un intérêt de plus en plus réduit pour la politique, un engagement social minimal; un désintérêt croissant de sa condition de citoyen.

Le système représentatif a atteint certaines limites dont nous pouvons lister quelques unes :

  • L’invention équivoque de la majorité : 17), le fait de considérer la majorité comme l'équivalent à l’unanimité (Sieyès) est une des limites les plus pesantes de la démocratie représentative “majoritaire” de notre V° république. Si la majorité prend une décision à 51%, les 49% restant de la population doivent ils consoler leur frustration par un fataliste “c'est la majorité qui l'a emporté”. Il est temps de revoir cette façon de faire des choix en considérant d'autres options (conférences de consensus, démocratie d’interaction, comités de quartier, jurys citoyens, forums publics, procédures d’enquêtes publiques, budgets participatifs)
  • L’échec d'un système finit par activer le fantasme totalitaire du retour forcé à l’unanimité (Parti unique chez Hitler et Staline). Par déception, les populations cherchent du changement vers des politiques extrêmes, radicales et il faut donc chercher à rendre plus humaine la démocratie en dotant les citoyens et les institutions d'outils, de droits et de devoirs qui permettent de respecter ce principe afin d'éviter les dérives souvent incontrôlables du totalitarisme.
  • La double légitimité s’effondre dans les années 1980 (élection et nomination/concours) ce qui provoque inexorablement une perte de confiance des citoyens confirmée par les assertion rebattues, et plus encore depuis le 15 mai 2011 sur la Plaza del Sol à Madrid (“Ils ne nous représentent pas”). On note l'incapacité de l’état, de par sa structure à intervenir efficacement.

Deux grandes mutations entrent alors en jeu dans la perception du monde par les citoyens. L'effacement de l’horizon révolutionnaire et la perception d’un avenir « à risque » et non du progrès (une conjecture économique défavorable, des perspectives professionnelles pauvres ou difficiles et précaires, une diminution de la qualité des services sociaux etc.).

Nombreux sont ceux qui cherchent donc à entrer dans un nouvel âge de “la particularité” (Rosanvallon, 2008), conduisant à de nouvelles attentes des citoyens et à de nouvelles institutions démocratiques.

En ce qui concerne les Technologies de l'information

Cette quête d'égalité, de justice et de démocratie brandit souvent comme fer de lance la technologie et notamment les progrès de l'informatique et de ses réseaux. S'il est vrai que des progrès à peine concevables ont été réalisés en l'espace de quelques dizaines d'années (des balbutiements de l'informatique jusqu'à nos jours); que les réseaux se sont complexifiées de telle sorte que certains comparent les connexions inter-ordinateurs à des interconnexions neuronales, que les prix des terminaux informatiques ont chuté drastiquement et donc que l'accès à un ordinateur connecté à l'Internet est facilité; l'informatique n'est pas pour autant le prophète technologique qui permettra à tous les êtres humains de mieux vivre ensemble. L'informatique et les technologies de l'Information restent de outils, des supports que seul un usage réfléchi et humaniste peut faire parvenir à rang “d'échelle vers un mieux-vivre commun”, parmi tant d'autres moyens.

  • Quelques dates

1958 La BELL crée le premier Modem permettant de transmettre des données binaires sur une simple ligne téléphonique

1961 Leonard Kleinrock du Massachusetts Institute of Technology publie une première théorie sur l'utilisation de la commutation de paquets pour transférer des données

1962 Début de la recherche par ARPA, une agence du ministère de la Défense américain, où J.C.R. Licklider y défend avec succès ses idées relatives à un réseau global d'ordinateurs

1964 Leonard Kleinrock du MIT publie un livre sur la communication par commutation de paquets pour réaliser un réseau

1967 Première conférence sur ARPANET

1969 Connexion des premiers ordinateurs entre 4 universités américaines via l'Interface Message Processor de Leonard Kleinrock

1971 23 ordinateurs sont reliés sur ARPANET. Envoi du premier courriel par Ray Tomlinson

1972 Naissance du InterNetworking Working Group, organisme chargé de la gestion d’Internet

1973 L'Angleterre et la Norvège rejoignent le réseau Internet avec chacun 1 ordinateur

1979 Création des NewsGroups (forums de discussion) par des étudiants américains

1982 Définition du protocole TCP/IP et du mot « Internet »

1983 Premier serveur de noms de sites

1984 1 000 ordinateurs connectés

1987 10 000 ordinateurs connectés

1989 100 000 ordinateurs connectés

1990 Disparition d'ARPANET

1991 Annonce publique du World Wide Web

1992 1 000 000 ordinateurs connectés

1993 Apparition du Navigateur web NCSA Mosaic

1996 10 000 000 ordinateurs connectés

2000 Explosion de la Bulle internet

Aujourd'hui, Internet est le plus grand réseau mondial d'informations en grande partie incontrôlé mais en passe de le devenir partiellement 18) ).

  • Quelques Chiffres

- le taux de pénétration d'Internet dans le monde : 19)

- Nombres d'internautes De 1995 à 2010 le nombre d'internautes est passé de 16 millions à 1650 millions ! 20)

- Nombre de de PC vendus dans le monde (en millions d'unités)

Type de PC 2006 2007 2008 2009 2010 2011
PC fixes et serveurs x86 153,0 159,5 164,3 170,2 175,7 180,9
PC portables 82,4 110,3 138,6 165,0 187,8 208,7
Total 235,4 269,8 302,8 335,2 363,5 389,6

Source : IDC 21)

- évolution du prix moyen des mémoires 22)

- évolution du prix moyen des microprocesseurs 23)

  • Inégalités

L'Internet grandit et les coûts chutent; cela ne signifie pas pour autant automatiquement que l'informatique et l'accès au Réseau se démocratise. L'étude publiée par le Credoc 24)) montre d'ailleurs en quoi, bien qu'elles aient tendance à diminuer, des inégalités fortes existent entre différentes parts de la société française selon différents critères (âge, sexe, type d'emploi (ouvrier/cadre) par exemple). Le Crédoc a calculé un indice d’inégalité (dit “de Gini” pour les spécialistes 25)) qui rassemble toutes ces informations (l’âge, la catégorie sociale, le revenu et le lieu de vie) : celui-ci est passé de 29 sur 100 en 1996 à 12 sur 100 en 2009.

  • Une autre caractéristique notoire est l'évolution de ces réseaux et notamment la convergence du réseau Internet avec les réseaux mobiles. De plus, la montée en puissance de ces mêmes terminaux offre un éventail extraordinaires de nouvelles utilisations futures.
Les plateformes e-learning

Parmi les progrès techniques, mentionnons en particulier les progrès du logiciel et les apports formidables du concept de “logiciel libre” qui permet la lecture, la modification (et donc l'amélioration perpétuelle) du code source et donc des fonctionnalités et services offerts aux utilisateurs.

Eric Bruillard, cité par Bernard Blandin dans un article du CAIRN 26) évoque “un brouillage entre différents mondes : la formation, la gestion des contenus, donc la documentation technique, le management des talents – les ressources humaines – les soutiens à la performance… Tous ces mondes sociaux utilisent des outils voisins quand ce n’est pas les mêmes outils, intégrés dans le système d’information de l’entreprise.” La piste soulevée est donc celle de tenter de rassembler en un outil ou en une plate-forme une multitude de solutions déjà existantes.

Il rappelle en outre que “le premier vendeur de plateformes e-learning dans le monde, c’est la société Oracle®, tout simplement parce que chaque fois que l’on achète une base de données Oracle® avec son système de gestion, on achète en même temps la plate-forme qui est intégrée dedans pour apprendre à se servir du logiciel.” Le deuxième fournisseur au monde serait SAP®. Les fabricants spécialisés de plateformes de e-learning, seraient eux, bien en deçà en termes de ventes. Blackboard®, par exemple, dont les statistiques dégringolent face à la concurrence du logiciel libre et des plateformes qui en sont issues, comme MOODLE (Modular Object-Oriented Dynamic Learning Environment). La tendance, avec les espaces numériques de travail (ENT), à donner accès aux ressources numériques ou à permettre l’organisation de parcours (EDUCNET, 2009) va dans le même sens : le brouillage des frontières entre la gestion administrative de la classe, les activités pédagogiques, la communication…” 27). De nouveau, on reconnaît ici cette tendance à centraliser les fonctionnalités sur une seule et même plateforme.

L’utilisation de terminaux mobiles se répand de plus en plus pour la formation à distance, attestés par une littérature de plus en plus abondante (Traxler, 2007)

Avec le développement des pédagogies actives et des approches constructivistes ou socio-constructivistes de la formation à distance, on voit ses utilisateurs du dispositif de formation à distance intervenir plus fréquemment, que ce soit au travers de forum ou au travers de productions « off », de toutes natures (textes, images, vidéos…), qui sont ensuite mises en ligne. La promotion Master 1 EAD parcours GAF de 2010/2011 a spontanément monté un groupe de discussion intitulé “cours de récréation” sur facebook afin d'échanger “en coulisses” de la même manière que des étudiants en présentiel le feraient dans les couloirs ou à la cafétéria de l'université. Les discussions ont été fournies sur les forums Moodle associés aux cours.

De cet état de fait nait cependant une nouvelle problématique à laquelle a pu être confrontée cette promotion : comment faire pour indexer et classer les contenus qui ont été produits par les utilisateurs, de manière à pouvoir les retrouver facilement ? Nous verrons dans la suite du travail comment le web sémantique peut s'avérer apporter des solutions à cet obstacle.

Les systèmes d’information ont tendance, aujourd’hui, à être non plus monobloc mais composés de briques modulaires fonctionnelles. Les sites du web 2.0 ont de plus en plus tendances à proposer la forme du squelette auquel viennent s'ajouter des extensions, des “add-ons”, des applications, des modules (Drupal, Spip, Moodle, Facebook etc.) dont certaines sont développables par les utilisateurs eux-même, leur permettant de fabriquer l’application dont ils ont besoin à un moment donné.28))

“Une demande récurrente des gestionnaires de dispositifs de formation à distance est la possibilité d’intégration, dans une même plate-forme, du suivi de toutes les activités liées à l’apprentissage, quelles qu’elles soient ; non seulement les activités en ligne, mais aussi les activités qui se déroulent hors ligne. En effet, les situations mixtes (blended learning) sont de plus en plus répandues, et le besoin de pouvoir traiter simultanément les traces et les résultats des activités en ligne avec ceux des activités hors ligne se fait grandissant.”29)

Précédemment, nous avons évoqué le web sémantique (issu des avancées du traitement automatique des langues) qui tente de résoudre les problématiques liées à l’indexation, à l’utilisation de vocabulaires contrôlés, à la gestion de ressources multilingues. Nous verrons dans la description du projet de gestion des soins comment l'information sémantique est traitée.

Ainsi, les précurseurs du milieu, avec Webct, Blackboard en tête, ont atteint leurs limites et doivent repenser leur structure de base en les confrontant aux besoins actuels des apprenants pour rester dans la course. S'ils ne parviennent pas à s'adapter, de nouveaux modèles prendront le pas, comme ceux qui auront l'audace de se greffer ou bien de devenir des réseaux sociaux à part entière, au quotidien.

Les enjeux et la portée de l'Internet et des pratiques citoyennes de l'éducation

D'après le psychologue Manfred Spitzer le cerveau humain est fait pour apprendre et nous permet d'apprendre toute notre vie. Pourquoi donc considérer l'apprentissage comme uniquement scolaire et le confiner dans une époque (souvent correspondant à l’école obligatoire puis à l'enseignement supérieur) ? C'est en partant de ce constat que nous nous sommes intéressés au concept de Ligne de vie développé pour les besoins de la gestion des soins patient par Philippe Ameline (ingénieur des mines).

On retrouve une terminologie similaire de continuité et de vie dans le cadre du programme mis en place par la commission européenne LLP30) ). Le principe serait donc le partage de la “Ligne de Vie de l’étudiant” avec le professeur.

La finalité de cette réflexion réside dans le fait de saisir les opportunités offertes par les nouvelles technologies (notamment de l'internet, et en particulier logicielles (la Ligne de Vie)) et par les connaissances accumulées (notamment en sciences du langage, de l'éducation, en sociologie, éthique et philosophie) afin d'offrir aux générations futures les moyens de vivre mieux et plus facilement l'apprentissage, de leur permettre de s'épanouir, de penser par eux-même; finalement, de devenir des citoyens à part entière. Ces citoyens de demain qui seront responsables, feront circuler les informations et partageront les connaissances afin de mieux vivre en collectivité et transmettre à leur tour aux générations futures une façon vertueuse de vie en groupe dans laquelle chacun peut se réaliser.


C'est ainsi que cette problématique est apparue : Étude des possibilités d'adaptation de la Ligne de Vie aux sciences de l'éducation.

1. Tour d'horizon de l'Internet citoyen

1.1 Concepts

Avant de se lancer plus avant dans ce que représentent les pratiques citoyennes via l'Internet, ou bien l'Internet citoyen, nous poserons les définitions des différents concepts qui y sont liés.

Citoyen

L'étymologie du terme plonge ses racines dans la forme archaïque de l'indo-européen ceiveis 31) (=se coucher, être couché) qui a donné naissance, en langue latine à cunae, cunabula (“berceau”, “nid”). D'ailleurs, le grec ancien “κείμαι”(“être étendu”), de la même racine a donné le terme allemand “Heim” (la maison, le foyer, puis par extension la patrie; sens très répandu par le concept de “Heimweh” (= sorte de mal du pays, nostalgie)).

Le citoyen est celui qui dort, celui qui EST dans le berceau de la société, près du foyer de la Maison. Dans des communautés actuelles qui tentent des expérimentations nouvelles de vie en commun, l'embarras qui entoure le gêle de la notion de citoyenneté est omniprésent. Par exemple, la communauté de Christiania, au Danemark 32) n'est toujours pas unanime quant à la définition d'un citoyen de la ville.

a) Dans la Grèce de l'antiquité est citoyen celui qui relève politiquement d'une cité, c'est à dire qui participe à la vie politique de celle-ci.

b) Au IX° siècle, est citoyen ou citoyenne (sans pouvoir pour autant voter, les femmes peuvent désormais aussi prétendre à cette qualité) “celui, celle qui jouit du droit de cité dans un État. Exercer les droits de citoyen 33)

c) Enfin, la définition que donne Wikipédia est beaucoup plus élaborée. Malgré les controverses qui animent de nombreux débats concernant la citation d'articles de Wikipédia dans le cadre de travaux universitaires, je choisis délibérément de le faire car l'initiative de ce projet me semble être un exemple idéal de pratique citoyenne sur Internet. Ainsi, la définition émanant de ce site est-elle le résultat d'une réflexion commune et en théorie parfaitement démocratique (principe du Wiki) reflétant (toujours de manière idéale) la “pensée commune” sur le thème.

Voici donc une partie de cette réflexion, qui nous servira de base pour la suite du travail. “De manière générale, un citoyen est une personne qui relève de l'autorité et de la protection d'un État et par suite jouit de droits politiques et a des devoirs envers cet État. Chaque citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle qu'elle est établie par les lois et intégrée dans l'ensemble des mœurs de la société à laquelle il appartient.

La citoyenneté est aussi une composante du lien social. C'est, en particulier, l'égalité de droits associée à la citoyenneté qui fonde le lien social dans la société démocratique moderne. Les citoyens d'une même nation forment une communauté politique.

La citoyenneté est intimement liée à la démocratie. Être citoyen implique que l'on fasse partie d'un corps politique, un État, que l'on ait dans ce corps politique des droits et des devoirs. En France, un citoyen est défini comme suit : « Homme ou femme âgé de plus de 18 ans, né(e) de parents français ou étrangers naturalisés ». Un citoyen a plusieurs devoirs comme payer les impôts, respecter les lois ou encore être juré de Cour d'assises si besoin est.

En démocratie, chaque citoyen est détenteur d'une partie de la souveraineté politique.” 34)

Démocratie

En partant de l'analyse étymologique du mot, la démocratie ( du grec «dêmos», peuple, et «kratos», pouvoir, autorité), on peut dégager la définition de ce terme à l'époque de la Grèce antique. Il s'agit du régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple. Il est fondée sur la base de principes tels que: la liberté des individus, l'existence d'une constitution, la règle de la majorité, la séparation des pouvoirs, la consultation régulière du peuple (élection et référendum), la pluralité des partis politiques.

Si on extrapole le concept de la démocratie à notre époque, on s'aperçoit que la définition est restée proche de ses origines mais comme nous l'avons vu précédemment, qu'elle a aussi atteint ses limites et qu'il est temps de revoir, de corriger certaines lignes comme par exemple le règne de la majorité et chercher à en réveiller d'autres, comme la consultation régulière du peuple.

Le mot démocratie ne doit pas non plus prendre la valeur sacrée qui fait d'une idée un idéal justifiant tous les moyens (par exemple le fait de justifier une guerre au nom de la démocratie, de la même manière que l'on a justifié la colonisation sous prétexte d'apporter la “civilisation” et ou “la vraie foi”…).

Il faut aussi éviter de se méprendre sur les amalgames liés aux évolutions sémantiques dont se revêtent le terme démocratie et son champ lexical. La démocratisation de l'école par exemple ne signifie pas que l'on donne au peuple les moyens d'exercer un pouvoir sur l'école (contrairement à l’étymologie du mot) mais au contraire, qu'une forme unique d'école a été imposée à une quasi-totalité de la population. Ce glissement de sens peut prêter à confusion (volontairement ?), il importe donc de ne pas accorder la même valeur à ce terme en tous contextes.

Internet et web 2.0

Quelques définitions triées sur le volet, par ordre de popularité 35)

“Le Web 2.0 est une évolution du Web vers plus de simplicité (ne nécessitant pas de connaissances techniques) et d'interactivité (permettant à chacun de contribuer sous différentes formes). L'expression « Web 2.0 » désigne l'ensemble des techniques, des fonctionnalités et des usages du World Wide Web qui ont suivi la forme initiale du web1, en particulier les interfaces permettant aux internautes ayant peu de connaissances techniques de s'approprier les nouvelles fonctionnalités du web. Ainsi, les internautes contribuent à l'échange d'informations et peuvent interagir (partager, échanger, etc.) de façon simple, à la fois avec le contenu et la structure des pages, mais aussi entre eux, créant ainsi notamment le Web social” 36)

“A la différence du web 1.0 où la plupart des contenus étaient fournis par les professionnels de l'Internet (fournisseurs d'accès, annonceurs, marques, etc.), le web 2.0 se caractérise principalement par la prise de pouvoir des internautes.” 37)

“Ce terme se rapporte à l'ensemble des technologies d'applications informatiques qui ont suivi la forme initiale du Web et qui identifie le consommateur comme étant un contributeur majeur à Internet comme outil interactif. Voir aussi User generated content.” 38)

“Évolution du Web caractérisée par une série d'évolution technologiques (XHTML, AJAX, ATOM, etc.) impliquant un renouveau du rapport à l'Internet et dont les nouveaux paradigmes sont l'interactivité, la participation et la co-construction.” 39)

“terme marketing désignant un ensemble de sites et de services répondant à plusieurs de ces critères : interface sobre et ergonomique (utilisation d'AJAX, de Flash), contenu multimédia (vidéos, podcasting), user-centric (voir définition ci-dessous), sites verticalisés (sur un thème précis)” 40)

Malgré la grande variété de formulation et le flou ambiant qui les entoure, ces différentes définitions révèlent toutes au moins une chose : l'émergence de l'aspect social de cette nouvelle utilisation du web. Si l'évolution technique du web 1 au web 2.0 fait controverses (d'aucuns affirment qu'il n'y a aucune nouveauté, seulement une utilisation plus performante des mêmes technologies, d'autres affirment l'inverse) le changement de paradigme qui fait du web 2.0 un outil démocratique ne fait pas l'ombre d'un doute. Dans cette jungle de termes barbares et cette la luxuriante végétation des innombrables noms de sites, de logiciels et autres “clients légers” représentant ce nouveau web, nous tenterons de présenter une classification de cet univers.

Les médias sociaux

Une “communication” unilatérale

- Site internet avec un contenu produit par des professionnels (textes, images, fichiers sons, vidéos, animations flash)

- Fils d actualité RSS

Une communication bilatérale

Synchrone : chat, Voip (Voix sur IP), visioconférence (grâce à la webcam), messagerie instantanée (yahoo messenger, skype, jabber, msn, ICQ), l'échange de fichiers en direct (exemple transfert de fichiers par messagerie interposée), IRC (Internet Relay Chat).

Asynchrone : - le courrier électronique ou “email” (intégrés à des plateformes d’enseignement ou bien offerts par des fournisseurs d’accès comme Tiscali, Wanadoo, free, Orange ou encore des moteurs de recherche avec Yahoo et Gmail entre autres).

- les services de messagerie (messagerie de profil à profil sur les forums de Moodle ou bien PhpBB par exemple).

- répondeur de téléphonie sur IP (skype, compte SIP etc.), “Mur facebook”

- wiki (Wikimedia, Dokuwiki etc.).

De nouvelles possibilités

- la possibilité de se (re)présenter par des contenus. On trouve comme vecteur de représentation les avatars, les photos de soi/prises par soi, des créations musicales, graphiques, vidéos etc.

- la possibilité de naviguer au travers d’une liste de liens associés à un utilisateur comme par exemple une liste d’amis (Hi5!, Facebook, Vkontakte, StudiVZ, Myspace, Ning), des photos (Flickr), des articles rédigés (comme dans Wikipédia par exemple), des contacts professionnels (LinkedIn), des commentaires ou des avis rédigés par d’autres utilisateurs du système (Ebay, Couchsurfing).

- la possibilité de publier soi-même son ou du contenu (blogs, videos Youtube, Images sur Flickr etc.).

- la possibilité d’interagir entre utilisateurs dans des mondes virtuels (Second Life, World of Warcraft, Dofus, Habbo etc.).

1.2 Exemples d'Internet citoyen dans différents domaines

L'apparition des nouvelles formes du web permet de d’élargir encore l'éventail des réflexions sur les pratiques citoyennes par la quantité d'applications (des plus réalistes aux plus idéalistes) qu'elles proposent.

On voit ainsi émerger de nouvelles formes de pratiques (puisque de nouvelles formes d'échanges): les téléconférences permettent de suivre un professeur depuis chez soi, à plusieurs milliers de kilomètres de la salle dans laquelle il enseigne. Des formes spontanées d'apprentissages mutuel naissent sur la toile.

On constate en effet déjà sur Skype, lorsque l'on met son statut sur “disponible” (soit accessible à l'annuaire Skype comme ouvert aux discussions avec des utilisateurs étrangers à ses propres contacts), des utilisateurs qui souhaitent “clavarder” ou bien discuter de vive voix avec un interlocuteur à des fins d'apprentissage des langues. Le contact aura été recherché par un critère linguistique, en ne sachant presque rien de son interlocuteur que les informations qu'il a bien voulu indiquer dans son profil. On voit par ailleurs foisonner de nombreuses annonces de tandems de langues ou bien d’échanges de cours de musique ou de danse par exemple41).

Les forums d'entraide et notamment dans la communauté du logiciel libre sont d’extraordinaires moyens de transmettre des connaissances en fonction de critères déterminés par mots clefs tels que : expertise, thème/problématique précise. La mise en visibilité des individus se fait ici grâce à la signature présente dans le message et/ou au profil utilisateur. 42) Cette manière de procéder est apparue spontanément pour satisfaire au besoin d’apprendre, de transmettre et d’échanger des connaissance des individus. Ce phénomène est apparu de façon « sauvage » dans les niches naturelles où il a pu se développer : sites de petites annonces, logiciels de communication présentant un service d’annuaire etc.

Ces formes d'échanges de connaissances non institutionnalisées permettent une interactivité plus forte dans tous les domaines et notamment au niveau politique puisque contrairement à la télévision, Internet offre la possibilité de s'exprimer. De nombreux évènements, actions sont autant d'éléments de contre-pouvoir qu'offre Internet, permettant, si l'on en use a bon escient de valoriser les pratiques citoyennes et l'investissement citoyen.

Il existe bien d'autres exemples des pratiques citoyennes qui sont nées spontanément, surfant sur la vague du web 2.0.

  • Social et solidarité
    • associations (dons)
    • chaines de mails (bien que trop souvent utilisées à mauvais escient (spams, usurpations d'identité etc.) )
    • organisation d'évènements spontanés
    • petites annonces
  • Santé
    • partage d'informations (La case de santé)43)
    • forums de discussion et d'entraide (Doctissimo) 44) (Atoute) 45)
  • Politique
    • contrepouvoirs sous forme de pétion (Amnesty international, Greenpeace)
    • organisation de campagnes électorales
    • chaines de mails
    • Référendums et élections (le canton de Genève par exemple) 46)
    • politique des pouvoirs locaux et des collectivités publiques 47)
    • Pratique citoyenne libre 48)
  • Connaissance
    • Wikipedia, wikisource, etc.
    • Communautés de développeurs bénévoles
    • Forums d'entraide (par exemple Comment ça marche ?) 49)
  • Education et enseignement
    • Cours en ligne gratuits 50)
    • Education NY51)
    • Le nombre des masters en FOAD dans les universités françaises a augmenté
    • Les universités “numériques” 52) ou Ouvertes en ligne 53)
    • TechnofuturTIC54)

2. La ligne de vie, Un exemple de gestion de projet de santé démocratique au service de l'individu EPISODUS (Open Source)

Avant-propos

A la recherche de nouveaux outils rendus possibles par la structures de l'Internet et les récentes prouesses de l'informatique, nous cherchions des concepts novateurs applicables à notre domaine d'intérêt. Les translations conceptuelles du monde des soins à celui de l'éducation, dont nous essaierons de rendre compte ici, ne sont d'ailleurs pas choisies de manière totalement anodine. Isabelle Stengers 55) évoque ainsi l'idéal de la “clinique” décrite par M. Foucault : “tous les malades réunis dans un lieu aseptisé, soumis au même traitement, c'est-à-dire rendus comparables de manière à nourrir le savoir médical ? On rejoint ici la thèse d'Illich selon laquelle l'école semble chargée d'un processus de “naturalisation” faisant accéder les enfants au statut de “citoyens”. Le savoir pédagogique serait alors bel et bien analogue au savoir médical, définissant l'apprentissage à la manière d'une guérison, c'est-à-dire définissant le milieu naturel des enfants comme ce dont ils doivent guérir.”

Dans cette partie, nous nous contenterons d'offrir une description générale du travail sur la ligne de vie et de son application en terme de soins Episodus en cherchant en un dernier point à dégager les éléments qui peuvent s'avérer pertinents dans leur application à l'éducation et à l'enseignement.

Introduction

“Comment un logiciel qui donne la possibilité de raconter l'histoire de santé d'un patient permet de gérer en équipe son projet de santé personnel.” 56)

Analyser l'organisation du système sanitaire en termes d'ingénierie amènerait à constater que les tâches d'entretien et de réparation d'un système d'une complexité aussi considérable que l'être humain sont réalisées par des acteurs multiples et dispersés (tant géographiquement qu'en terme de connaissances) - donc d'une façon non optimale. Il est pourtant heureux, puisque nous ne sommes pas des machines, que nous puissions bénéficier de l'humanité d'un réseau de proximité qui nous est familier - épaulé, en cas de nécessité, par un plateau technique spécialisé.

Pour qu'un tel système puisse évoluer tout en conservant sa structure, il est donc nécessaire de mettre en place des outils capables de concilier la nécessaire efficacité globale du système de soins et le besoin local d'une prise en charge humaine et personnalisée. Ce sera certainement un enjeu majeur des systèmes d'information médicaux pour les années à venir.

Les serveurs de Ligne de vie sont conçus dans ce but : ils sont des outils de gestion de la continuité et de la coordination des soins, ils donnent au réseau informel et mouvant des soignants d'un même patient une vision commune des enjeux de santé de ce patient, des objectifs à atteindre ainsi que des moyens thérapeutiques et organisationnels à mettre en œuvre.

Nous détaillerons dans ce document les concepts et outils de travail de groupe qui permettront de transformer le réseau des médecins et autres correspondants en une véritable équipe de soins, nous donnerons ensuite les cadres les plus favorables de mise en place des Lignes de vie, enfin nous passerons en revue les raisons qui permettent de penser que ce concept peut être mis en œuvre “ici et maintenant”.

2.1. Concepts

Le concept de LdV sur le Web

“Pour préciser mon travail actuel sur la Ligne de vie. Le concept est basé sur quelques piliers de base : nos projets de vie naissent de notre historique et de l'influence des projets contingents (un projet éducatif est impacté par ce qui arrive dans les domaines professionnels, sociaux, de santé, etc) ils sont donc toujours spécifiques et le but du système LdV est de se placer dans le référentiel de chaque personne,web.jpg qui traverse les organisations en ajoutant de nouveaux membres à son “équipe” (éducative, de santé, etc)… alors que les systèmes d'informations classiques fonctionnent dans le référentiel de l'infrastructure et appliquent mécaniquement des règles toutes faites aux gens qui les traversent. C'est, je l'espère, une application fondatrice du “Web chaud”, en opposition au “Web visible” des Google, Facebook et autres (que j'appelle “Web froid”). C'est un Internet de l'intime” (Philippe Ameline)

L'idée est de passer d'un Référentiel du Centre de Soins

… à un Référentiel du Patient:

referentiel_patient.jpg

La notion de parcours

La ligne de vie est une représentation graphique de l’histoire médicale du patient. Elle permet d’avoir une vue globale de la santé du patient, ainsi que d’accéder simplement et rapidement à la visualisation des différents documents du dossier patient.

La représentation graphique

La ligne de vie est symbolisée par une bande bleu marine qui se déroule dans le temps, sur l’axe des abscisses. Les problèmes de santé du patient, appelés « préoccupations », sont représentés par des bandes de couleurs superposées sur la ligne de vie. Ces préoccupations constituent les épisodes de soins : l’épisode est ouvert si la préoccupation est en cours, il est clos si elle est terminée.

Le schéma ci-dessous constitue un exemple d'affichage des données issues d'un serveur de Ligne de vie :

Ce mode d'affichage a été conçu pour permettre à toute personne qui y accède d'obtenir une vision immédiate à la fois des problèmes de santé du patient au cours du temps, des examens déjà réalisés, et même des procédures planifiées. Il permet de réunir, dans un même cadre temporel structuré, les fonctions de suivi de la maladie, d'index des documents existants chez les différents intervenants (actuels ou passés) et d'outil de planification des soins.

La préoccupation

La ligne de vie commence avant la naissance du patient : une préoccupation peut concerner la période de vie intra-utérine d’un individu. La couleur d’une préoccupation représente son index de sévérité et d’importance:

Sévérité 80 à 100% : Rouge
Sévérité 50 à 70% : Jaune
Sévérité 30 à 40% : Vert
Sévérité 10 à 20% : Bleu clair
Pas de sévérité : Gris
Importance 80 à 100% : Rouge
Importance 50 à 70% : Jaune
Importance 30 à 40% : Vert
Importance 10 à 20% : Bleu clair
Pas d’Importance : Gris

Une préoccupation est en lien avec certains éléments du dossier médical : l’ensemble constitue un épisode de soins. Un épisode de soins est ouvert si la préoccupation est en cours, il est clos si elle est résolue.

Les éléments du dossier patient sont accessibles par recoupement entre sa ligne de vie et celle du médecin.

2.2. Le logiciel Episodus , La ligne de vie au service du médecin dans la gestion du projet de santé de son patient

Episodus

Il est nécessaire pour cela d'abandonner la notion de logiciel (de gestion de cabinet, de dossier patient, de réseau de soins) pour lui substituer celle de système d'information de santé ; un environnement capable de rassembler les vues instantanées éparses en une vision continue et dynamique qui guide le travail d'équipe. C'est de ce cahier des charges qu'est né Episodus.

Le logiciel Episodus est né de la nécessité d'outiller la continuité des soins, de raconter sous forme structurée l'histoire de santé d'une personne. Héritière de la gestion des épisodes de soins son interface principale, la Ligne de vie, a été conçue avec un cahier des charges simple : comment afficher directement à l'écran la représentation mentale que se fait un médecin de l'historique d'un patient après qu'il a (longuement) étudié la masse de documents qui constitue son dossier.

La ligne de vie

Véritable tableau de bord de la situation du patient, elle permet d'un seul regard une vision diachronique qu'il est possible de “zoomer” selon une échelle de temps, depuis le début de la vie du patient, les pathologies en cours, persistantes, les épisodes passés et répétés.

Une démarche programmée d'investigations peut être mise en place selon un référentiel validé, prenant en compte les caractéristiques biométriques, biologiques du patient. Ce référentiel produit automatiquement des “objectifs de santé” qui seront conjointement validés par le médecin et le patient et dont les échéances seront automatiquement programmées. (La procédure manuelle est également possible.) A l'intérieur de chaque préoccupation, sont liées les “cibles” examens à réaliser dans un intervalle de temps prédéfini.

Le jour de la consultation, l'ouverture synchronique de la ligne de vie objective les différents problèmes persistants à prendre en compte, et permet l'actualisation et la prise en compte d’éléments nouveaux.

La validation de l'objectif sera matérialisée par la création d'un document spécifique. Les différentes pièces (images, vidéos, sons), courriers émis ou produits sont attachés à la ligne de vie suivant la date de réalisation. Ils sont consultables d'un simple clic de souris.

La Ligne de vie avait initialement été conçue pour gérée les épisodes de soins et pointer sur les documents significatifs, répondant ainsi aux deux questions fondamentales « quels sont les problèmes à prendre en charge ? » et « quels actes ont déjà été réalisés ? » ; ainsi complétée des objectifs de santé (« quels sont les objectifs ? »), elle prend en charge les concepts de base d'un logiciel de gestion de projet et devient un outil de gestion du Projet personnel de santé (PPS) du patient.

Nous allons détailler ces concepts et leurs dérivés, comme l’Équipe de santé et les Rosaces des droits d'accès. Nous donnerons également un aperçu des technologies qui les portent afin d'évoquer la généricité de leur champ d'application.

La Ligne de vie peut s'enrichir de nombreux éléments :

  • Lignes de suivi de risque, qui restent grises puisque « de sévérité nulle ».
  • Tracés de courbes biométriques, comme la courbe bleue d'Hba1c visible ici. Grâce au modèle unifié, les valeurs qui permettent le tracé de courbes sont accessibles quelque soit le document où elles sont stockées, et l'information sémantique attachée aux unités en permet la conversion automatique.
  • Icônes de documents qui parsèment les ligne qu'ils concernent. Par défaut ils sont affichés sur la ligne de base bleue, mais un simple glisser/déposer (drag & drop) sur une autre ligne permet de les attacher à cette préoccupation. Chaque type de document peut posséder une icône particulière, ce qui permet de juger aisément de la qualité du suivi d'une préoccupation. Un simple double-clic sur l'icône provoque l'affichage du document.
  • Index de satisfaction des objectifs de santé, représentés par les secteurs colorés au centre des lignes de préoccupations et de risques.
Les objectifs de santé

Un objectif de santé peut concerner :

  • Une donnée biométrique qu'il faut amener ou maintenir dans un intervalle donné.
  • Un acte diagnostic ou thérapeutique qui doit avoir lieu cycliquement ou à une date précise.
  • Une information devant exister (ou non) sur la Ligne de vie, comme un médicament.

Il est possible, dans le même objectif, de coupler les deux premiers points, afin d'exprimer qu'une information biométrique doit être recueillie à une date précise ou à intervalles réguliers, et que sa valeur doit être dans un intervalle défini.

Chaque objectif est donc une cible positionnée sur l'échelle temporelle et/ou l'échelle des valeurs, comme le montrent les deux illustrations.

objectifs_1.jpg objectifs_2.jpg

Le serveur de Ligne de vie

“Le composant central, qui a donné son nom au système, a été conçu pour donner à l'ensemble des soignants une vision commune des problèmes de santé du patient ; il sera donc installé sur un serveur Internet et permettra à tout professionnel dûment mandaté de travailler à partir d'une vision orientée problème commune à tous les intervenants.

Le partage des informations entre les professionnels autorisés par le patient est rendu possible grâce au serveur de ligne de vie qui alimente automatiquement le logiciel local à chaque connexion et au fur et à mesure de l’apparition d’informations nouvelles.

Nous allons voir comment le Module Episodus, en remplissant les fonctions clé de logiciel client et d'interface avec les logiciels de dossier patient, va devenir un complément fondamental du serveur de Ligne de vie. Client léger ou Poste de travail ?

Le serveur de Ligne de vie stocke des informations, et les délivre ensuite aux personnes dûment mandatées, mais il est nécessaire qu'un logiciel, situé sur l'ordinateur du professionnel de santé, les mette en forme sous une forme affichable à l'écran : c'est le logiciel client.

Les logiciels clients peuvent être de deux sortes : le “client léger” qui, schématiquement, se contente de l'affichage et laisse le serveur se charger de tous les traitements d'information, et le “poste de travail” qui traite lui même les informations et utilise principalement le serveur comme espace de stockage de données ou d'objets partagés ; nous privilégierons cette dernière approche pour de nombreuses raisons : Les avantages souvent cités du client léger, aujourd'hui presque toujours un navigateur Internet, sont bien connus des utilisateurs du web puisque tout ordinateur (et même de nombreux engins électroniques) est capable de naviguer sur Internet : le client léger n'a pas besoin d'être puissant (puisqu'il est principalement dédié à la fonction d'affichage) et il traite des informations standardisées (pages HTML) qui le rendent universel. Le client léger à donc des avantages de poids.

  • Client… mais aussi serveur !

L’internet reflète d'ailleurs nos préoccupation, puisque l'architecture initiale dans laquelle le web était partagé entre serveurs actifs et clients passifs (le mode client-serveur cher à l'informatique pré-PC avec ses terminaux passifs) est chamboulée par l'irruption du peer to peer : redécouvrant que l'Internet est un réseau d'ordinateurs comme un autre (mais à l'échelle mondiale !), et que le mode de fonctionnement y est presque identique à un réseau local - où les postes peuvent communiquer entre eux, des informaticiens ont développés deux gammes de fonctions d'“égal à égal” : le partage de données et le partage de puissance de calcul.

Le partage de puissance de calcul nous intéresse moins à court terme ; il s'agit de répartir entre les internautes volontaires des parties d'un calcul global ; le projet emblématique SETI analyse ainsi des cartes de l'espace à la recherche d'indices de vie extra-terrestre.

Le partage de documents, par contre, est pour nous d'une grande importance ; son mécanisme, popularisé par le système Napster d'échange de fichiers musicaux au format comprimé MP3, est très simple : si une personne souhaite partager un fichier situé sur son propre ordinateur avec d'autres membres du réseau, elle référence ce morceau sur un site Internet qui tient lieu de catalogue et installe sur sa machine le logiciel Napster qui permettra à d'autres internautes de télécharger ce fichier.

Il est possible, par le même mécanisme (où le serveur de Ligne de vie joue le rôle de catalogue et le Module Episodus celui de logiciel Napster), d'organiser l'accès à des documents médicaux qui restent stockés sur l'ordinateur de leur rédacteur. Cette possibilité apporte deux avantages : le premier, technique, est de ne pas nécessiter de serveurs dédiés au stockage des documents référencés sur la Ligne de vie (ce qui peut rapidement constituer des volumes considérables - surtout s'ils comportent des images ou des sons), le second avantage, psychologique, est d'assurer au médecin une maîtrise complète des informations auxquelles il donne accès.

Il est, bien entendu, tout à fait possible de référencer sur la Ligne de vie d'un patient des documents stockés sur un serveur Internet ; la fonction “Napster” du couple Serveur de Ligne de vie/Module Episodus utilise de façon pragmatique le fait que les ordinateurs personnels modernes ont de grandes capacités de stockage ; un système qui n'oblige pas à dupliquer ce volume sur des serveurs en ligne à coût élevé (achat, connexion permanente et maintenance) est infiniment plus simple à déployer à une échelle opérationnelle. C'est un raisonnement du même type, avec la puissance de calcul pour paramètre, qui nous a fait préférer la station de travail au client léger.

  • Désenclaver l'information.

Le mécanisme que nous avons décrit jusqu'ici suppose que le poste client gère ses documents sous forme de pages HTML ou XML, les deux formats standards de l'Internet, pourtant les logiciels de dossier patient sont aujourd'hui des systèmes monolithiques qui conservent leurs données à un format propriétaire. Nous allons voir que le Module Episodus permettra, grâce à ses fonctions de spying, et à ses méthodes souples de gestion de documents, de résoudre cette difficulté. Il s'agit, en effet, de désenclaver l'information : l'extraire d'un format propriétaire pour pouvoir en faire un élément de la Ligne de vie du patient.

  • L'approche Orientée Problème

Définition :

Le regroupement dans un même ensemble de tous les éléments qui intéressent un et un seul problème de santé (idéalement avec un affichage chronologique qui permet d'en suivre l'évolution) constitue une approche Orientée Problèmes. Ce concept a déjà été mis en oeuvre dans des logiciels d'usage individuel ou local, principalement dans les pays anglo-saxons et d'Europe du Nord, sous l'acronyme Problem Oriented Medical Record (POMR). En utilisation individuelle, cette approche permet au médecin de distinguer, parmi les nombreux éléments qui s'accumulent dans un dossier patient, ceux qui sont spécifiquement en rapport avec un problème de santé précis ; c'est donc une technique de classement.

Dans le cadre de la Ligne de vie,

l'approche orientée problème est également utilisée pour permettre un accès immédiat aux éléments qui intéressent le problème de santé concerné (index documentaire), mais il donne surtout un cadre de travail commun au réseau : définir les problèmes de santé, et en faire le support de base de la démarche de soins, c'est déjà donner une base de travail commune à tous les intervenants de santé, donc permettre de fixer des objectifs communs (nous verrons avec le staff virtuel qu'il est également possible d'outiller la réflexion de groupe).

Les lignes du serveur de Ligne de vie

constituent ainsi un concept englobant celui de problème, puisqu'elles constituent des “cadres de travail” pour l'équipe de soins, et pas seulement des maladies en cours (il est, par exemple, utile de pouvoir y rattacher le compte rendu d'un examen de contrôle effectué plusieurs mois, après que le problème a été considéré comme clos) ; nous emploierons donc, pour définir ces Lignes, le terme de Préoccupation de santé.

Les nouveaux paradigmes de soins

Il est raisonnable de penser que l’importance et la complexité des enjeux justifient une rupture de paradigme en santé. Les grandes lignes nous en ont été données lors d’une présentation de J. Cohen (21st Century Challenges for Medical Education; 9th International Medical Workforce Conference; Melbourne, Australia; November 2005) :

Nouveaux paradigmes de soins :
L'individu La communauté
Prédominance des pathologies aiguës De plus en plus de maladies/handicaps chroniques
Soins épisodiques Prise en charge continue
Traitement de la maladie Préservation de la santé
Mode réactif Mode prospectif
Pratique individuelle Travail en équipe
Paternalisme Partenariat avec les patients
Centré sur le praticien Centré sur le patient/la famille
Menaces de santé locales Globalisation des menaces
Nouveaux modèles de soins :
Indifférence aux coûts Extrême conscience du coût
Soins empiriques Evidence Based Medicine (EBM)
Basé sur le séjour en centre de soins Centré sur l'ambulatoire/la prise en charge à domicile
Pratique solo/petits groupes Organisations intégrées
Qualité pré-supposée Mesure de la performance
Confiance admise Confiance à gagner
Équipe de santé

En pratique, la vision proposée par Cohen entraine une profonde refonte de la démarche actuelle : d’un patient se déplaçant au gré des aléas d’un soignant à l’autre, on évolue vers la constitution autour de chaque citoyen, d’une équipe de santé pluridisciplinaire au service d’un projet prospectif. Un individu en bonne santé et sans risque constituera la plus grande partie du temps le seul membre de son équipe de santé. A l’opposé, les patients lourds seront entourés d’une véritable équipe multidisciplinaire partageant une vision commune des risques et des ressources afin de piloter la mise en œuvre des processus métier des différentes spécialités.

Réseaux sociaux

Cohen trace également en filigranes une vision beaucoup plus humaniste où le traitement d’un corps malade fait une large place au maintient de la santé d’un individu en équilibre dans son réseau social. L'objectif principal est de renforcer les liens sociaux, de ne pas s’enfermer dans la sphère médicale et technique mais au contraire de renforcer, voire créer, les réseaux humains qui font la personne humaine.

Approche systémique et sociétale

La médecine moderne est une médecine de spécialités. Cette situation a été forgée par l’extension considérable des technologies médicales depuis le siècle dernier, elle doit désormais évoluer vers la gestion pluridisciplinaire du risque.

Pour ce faire, les concepteurs de systèmes d’information devront s’attacher à réaliser des modèles qui incarnent au mieux la personne concernée. Les projets qui ciblent une spécialité ou une pathologie donnée seront très probablement trop ancrés dans l’ancien paradigme pour réussir ; incarner une pathologie ou un organe malade est une voie sans issue.

Se maintenir en bonne santé est une véritable démarche personnelle, favorisée par son environnement et épaulée par des professionnels. A grande échelle, c’est un projet de société : la possibilité pour le politique de donner au citoyen les moyens de la gestion de son risque individuel. C’est également une rupture de paradigme, aux antipodes des démarches de gestion de masse (dites organisées) où l’individu est « convoqué » au sein d’un processus générique.

Raconter une histoire

La Ligne de vie est conçue pour raconter une histoire de santé, et pour permettre aux différents membres de l'équipe de santé d'y contribuer de façon éclairée et efficace. Le logiciel médical Episodus raconte l'histoire de santé d'un individu, ou au moins contribue à la narration de ce parcours. Chaque pièce d'information glanée ici ou là est une nouvelle pièce d'un puzzle qui construit le parcours de santé du patient. Lorsque la continuité des soins devient la cible principale, il est indispensable de narrer cette histoire au long cours, et si possible de connecter à cette épine dorsale les informations éparses et disparates stockées ici et là. C'est ce qui a dicté l'architecture d'Episodus, avec son langage de description des données médicales et le Pilot, un composant d'accès à des données disparates.

Pour cela il dispose d'un lexique et d'une grammaire de dépendance (construction d'arbres) Une telle grammaire, basée sur une arborescence, est appelée Grammaire de dépendance. (Le principe fondamental des grammaires de dépendance est qu'un mot dépend d'un autre. Dans une phrase, les mots ne font pas que se suivre, ils entretiennent des relations ; ainsi, au sein d'un arbre de dépendance, dit-on qu'un nœud père est gouverneur et que le nœud fils est dépendant. Une grammaire de dépendance est particulièrement bien adaptée à la Gestion des connaissances, car elle présente les informations sous une forme immédiatement compréhensible par des agents intelligents.)

Nous ne détaillerons pas ici cet aspect qui pourrait, à lui seul faire l'objet d'un mémoire. Notre propos était bien d'expliquer pourquoi un système d'information de santé doit désormais pouvoir raconter l'histoire de santé du patient, de présenter les technologies de base qui permettent une telle narration, et de donner une bonne illustration des qualités de la Ligne de vie en pratique quotidienne.

Nous l’évoquons seulement pour y relever tout l'intérêt que l'étudiant aurait pour suivre son propre parcours éducatif (et le professeur pour objectiver immédiatement le parcours de l'étudiant).

2.3. Critères pertinents de l'étude pour l'application à l'éducation

Les sociétés humaines, les mentalités des individus évoluent ; et des nouvelles façons de concevoir le monde qui nous entoure émergent. Soucieux de prendre en considération ces évolutions dans la manière de concevoir les soins en particulier, le concept de Ligne de Vie a été élaboré en un modèle technique que nous chercherons à adapter à la dimension de l'enseignement.

  • Passage du web “froid” au web chaud
  • Notion de parcours

Elle permet d'envisager les formations et l'expérience d'une personne d'un point de vue diachronique, c'est à dire dans la globalité d'un enchaînement et chevauchement d'épisodes de formations et d'expériences de tous types, non comme la juxtaposition binaire (académique/non-académique) d'obtention de diplômes.

  • Notion de préoccupations

Les préoccupations peuvent ici prendre la forme d'unités ou de niveaux de connaissances (cadre de référence commun pour les langues par exemple). Ces épisodes de formations peuvent être ouverts et fermés à souhait en fonction des préoccupations actuelles de la personne.

  • Objectifs à atteindre. A discuter, est-il indispensable de poser des objectifs en terme d'apprentissage ?
  • Possibilité d'attacher à la ligne de vie de l'apprentissage des documents (administratifs, des productions, des travaux collaboratifs, des accès à des projets collectifs, des ressources de formation etc.)
  • Les droits d'accès définis par l'utilisateur lui-même et schématisés sous forme d'une rosace
  • Le principe serveur de ligne de vie/client “poste de travail” qui résolvent les problèmes de partage d'information, de stockage
  • Équipe pédagogique

L'équipe pédagogique, plus variée encore, au sens d'équipe travaillant en collaboration : enseignant, conseiller d'orientation, éducateur, maître d'apprentissage etc.

  • réseau social

Intégrer ou faire de la ligne de Vie un réseau social

3. La ligne de vie en Sciences de l'Education et pédagogie à distance

3.1 Vers un enseignement démocratique personnalisé

La définition que nous donne Wikipédia de l'éducation démocratique est la suivante : “L'éducation démocratique est une théorie de l'apprentissage et la gestion scolaire dans lequel les étudiants et le personnel de participer librement et également dans une démocratie à l'école. Dans une école démocratique, il est généralement prise de décision partagée entre les étudiants et le personnel sur les questions concernant vivre, travailler, et apprendre ensemble.”57)

“nous pensons que la démocratie et la liberté doivent être à la fois le résultat final de l'éducation ainsi que le moyen par lequel l'éducation est place.” 58)

De nouveaux paradigmes d'enseignement

A partir des transitions décrites par J. Cohen59) on se rend compte qu'il suffit quasiment de substituer aux vocables des soins ceux de l'éducation pour découvrir les nouveaux paradigmes de l'enseignement que nous avons pu évoquer dans les nouvelles directions prises et à prendre dans le domaine de l'éducation-instruction. Cette matrice est d'ailleurs cohérente avec l'idéal de démocratie plus juste dont nous faisions précédemment mention.

Nouveaux paradigmes d’enseignement :
L'individu La communauté
Formations épisodiques Formation continue
Apprentissage « définitif » Capacité à apprendre
Mode réactif Mode prospectif
Pratique individuelle Travail en équipe
Paternalisme Partenariat avec les apprenantts
Centré sur le professeur Centré sur l’apprenant
Savoirs « locaux » Globalisation des savoirs
Nouveaux modèles d’enseignement :
Indifférence aux coûts Extrême conscience du coût
Enseignement magistral Pédagogie interactive
Basé sur le séjour en Université Centré sur le lieu de vie/de travail
Pratique solo/petits groupes Organisations intégrées
Qualité pré-supposée Mesure de la performance
Confiance admise Confiance à gagner

La description de ces nouveaux états de fait s'inscrit parfaitement dans la logique du web 2.0, communautaire et humaniste, plaçant l'individu et sa place dans la collectivité au centre du processus pédagogique. Les termes de globalité, travail collaboratif, gestion et création des contenus par les utilisateurs, de partage des données non-centralisées (cloud computing) ainsi que les notions de continuité et de communauté ressurgissent non sans rappeler les définitions qui fleurissent ici et là sur la Toile.

L'éducation s'appuyant sur le web 2.0 a donc de fortes chances d'être plus démocratique !

Néanmoins, les réformes du primaire en France, à l'opposé d'une instruction/éducation démocratique montrent que tous les moyens ne sont pas mis en place pour rejoindre ces tendances inéluctables. Le conformisme aidant on déplore ainsi la “suppression des IUFM et mise en place de la « masterisation » qui n’offre aucune formation pédagogique aux nouveaux enseignants60)” ainsi que la “volonté de regrouper les écoles dans des établissements de grande taille sous les ordres d’un directeur devenu chef d’établissement le pilotage des écoles par des contrats d’objectifs chiffrés”, le “renforcement des pratiques autoritaires et du « management par le stress »” ou encore “la mise en place de fichiers informatisés comme Base Elèves”, “cette litanie incomplète des contre-réformes destructrices témoigne de l’ampleur du renoncement officiel à une politique ambitieuse pour l’école.”

“Le pilotage par les résultats” : il s’agit de rendre l’école plus « performante », au sens de son aliénation à une dictature du chiffre d'un type d'enseignement standardisé, ne laissant guère de marge de manœuvre aux enseignants et laissant encore moins d'espace de liberté d'expression aux apprenants.

Pour aller sereinement vers une éducation démocratique, il est important de jalonner le parcours de garde-fous. Ainsi les textes de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) dont les intentions ne semblent que bénéfiques aux futurs citoyens doivent être lus et interprétés avec soin. Par exemple, il est discutable d'avoir créé un indicateur considérant qu’une politique éducative est efficace si elle assure, à moindre coût, un maximum de débouchés sur le marché de l’emploi61). Ce genre de raccourci peut s'avérer dangereux et n'est certainement pas juste (peut-on réduire l'éducation à des critères de productivité ?) et il est important d'apporter constamment un regard critique sur l'ensemble de ces considérations.

Kristan Morrison, docteur à la Radford University, référence citée dans l'introduction (Illich, Neill/Summerhill) 62) expose à quel point son expérience de co-construction du programme de cours voulue par le professeur et proposée aux élèves a été bénéfique dans sa classe, incitant les élèves à s'impliquer, à s'intéresser et surtout à sortir du cadre scolaire (ils parlaient de leurs activités à leur famille, entre eux) en les responsabilisant.

Il indique qu'aux États-Unis, c'est généralement dans le cadre d'écoles privées ou bien dans le cadre d'éducation à domicile que des expérimentations innovantes en matière en matière d'enseignement son envisageables mais il serait tout à fait possible d'envisager de continuer certains projets dans des écoles publiques en adoptant des pratiques plus démocratiques et les structures organisationnelles nécessaires (Reitzug, 2003).

Nous pouvons établir quelques caractéristiques d'une école allant vers plus de démocratie:

  • Identification des compétences à acquérir (nature, moyens, durée)
  • Acceptation des objectifs par l'étudiant/ refus /proposition de nouveaux objectifs
  • Description précise de chacun (parcours …)
  • Développement des compétences clés
  • Amélioration directe des facultés d’apprentissage des élèves
  • Encouragement à l’apprentissage au travers de la motivation
  • Apprentissage collaboratif
  • Adoption de nouveaux modèles d’évaluation
  • Le rôle des enseignants à redéfinir, délimiter (n'est pas ou doit être, tuteur, éducateur, médiateur, conseiller d'orientation ?)
  • Mettre en place des objectifs pédagogiques (quels compétences, quels connaissances veut-on transmettre ?)
  • Système d'évaluation réciproque : possibilité pour les étudiants de remonter un feed-back concernant la présentation du cours, la façon d'aborder celui-ci; la disponibilité etc. Sortir du modèle du Professeur, de l’École qui juge l'élève

N.B. Si l'école démocratique met l'accent sur le respect de la personne, notons bien que la personnalisation de l'enseignement n'est pas l'individualisation. Une préoccupation d'une école démocratique est avant tout d'éduquer les plus jeunes à la vie société mais aussi de continuer à impliquer les adultes dans ce processus. L'idée est de continuellement développer des compétences sociales, soit d'aider les individus à penser par eux-même, à développer leur esprit critique et les doter d'outils pour exprimer leurs idées lors de débats, mais aussi lors d'activité collective; enseigner le savoir-vivre en collectivité.

3.2. Les perspectives d'Internet pour un enseignement démocratique

Comme nous l'avons déjà vu, les concepts du Web 2.0 aussi flous soient-ils vont converger parfaitement avec les besoins de l'école démocratique. Ainsi considéré, l'Internet au sens “chaud” se présente comme une plate-forme idéale sur laquelle appuyer les bases de l'école démocratique. Cela ne sous-entend pas virtualiser l'éducation, et ne peut pas se réduire à étudier à domicile.

On peut cependant dorénavant considérer comme acquis que l'Internet au service de l'école démocratique et citoyenne entrera dans la catégorie du réseau social. Il restera tout de même à en définir la forme: faudra-t-il l'intégrer à un réseau existant ou en créer un nouveau ?

L’Internet 2.0 soutien trois piliers dépositaires d'une amélioration de l'école démocratique et citoyenne :

- une meilleure organisation avec :

  • de nombreux outils de travail collaboratif
  • la possibilité de se décharger toujours plus des tâches administratives (génération automatique de certificats variés, de relevés de notes etc.)
  • d'éviter la saisie multiple
  • la communication synchrone et asynchrone des différentes parties : apprenants, enseignants, administratifs (techniques et administratifs-administratifs)
  • une gestion avantageuse des ressources (réservation de matériel, de salles etc.) et du temps (calendriers d'échéances pour des dates des examens, des rencontres avec les enseignants, conférences etc)
  • une meilleure coordination inter-universitaire au niveau national et international
  • une mutualisation des ressources et donc des coûts

- une meilleure pédagogie

  • une grande variété de la présentation des supports (textes, fichiers sons, videos, animations flash)
  • de grandes possibilités d'adaptation et d'évolutivité des systèmes et supports pouvant se plier à des besoins très différenciés (par exemple un simulateur de taille de vigne, logiciels spécifiques de dessin)

- un enseignement plus intelligent et humain

  • aux enseignants de dégager de nombreuses heures inutiles; par exemple un cours magistral dont le contenu ne change que très peu d'une année sur l'autre peut être enregistré et mis à disposition des apprenants qui peuvent consulter le fichier vidéo quand bon leur semble, à leur rythme. Les heures dégagées peuvent être mises au profit d'activités plus profitables à chacun comme des séances de débats, de questions ou bien des explications d'exercice par exemple
  • de mieux se connaître (système de “profil”) les uns les autres et par exemple valoriser l'évolution positive globale d'un parcours plutôt que de sanctionner un épisode négatif (échec à un examen), pourquoi pas échanger avec ses enseignants dans d'autres domaines (clubs de loisirs, activités culturelles, sportives etc.)
  • de qualifier et d'obtenir des recommandations mutuelles (tel professeur a été jugé disponible, intéressant, fiable, juste etc. par tel nombre d'élèves; tel élève a été jugé intéressé, force de propositions constructives, solidaire de ses camarades etc.) à la façon des appréciations mutuelles que se laissent les hôtes-invités de couchsurfing.com, les vendeurs-acheteurs d'ebay.com ou encore les clients d'hôtels de site du type ebooking.com

Créant ainsi une appréciation subjective non quantitative aussi bien d'une formation ou d'une équipe de formateurs que du niveau de maîtrise de la discipline d'un apprenant et relégant à l'arrière plan le jugement d'une personne sur son “dossier soclaire” (un ensemble de chiffres dénués de sens en face d'une liste froide d'intitulés de matières)

  • Faciliter l'orientation de l'apprenant qui se connaît mieux et donner des clefs à un guide à l'orientation

3.3 Portée et intérêts de la ligne vie dans l'éducation

Reprenons la liste des critères que nous avons considérés comme pertinent pour le passage à la Ligne de Vie en Éducation.

Concepts généraux
  • Passage d'un web “froid” à un web chaud

Il s'agit bien de partager, selon certaines règles, des informations personnelles dont le but est d'accompagner et améliorer la formation, l'apprentissage continue de chaque individu

  • Changement de référentiel

Ici le changement de référentiel pourrait avoir lieu sur plusieurs niveaux en fonction de l'échelle depuis laquelle on aborde la Ligne de Vie de l'Éducation. Le changement aurait lieu en plaçant l'individu au centre du système mais on pourrait aussi imaginer d'autres niveaux comme par exemple, à l'échelle d'un cursus, c'est le module de cours qui pourrait faire l'objet du référentiel. A partir de cette unité d'apprentissage, des cibles à atteindre pourraient être définies (production écrite ou orale à présenter, projet, récit d'une expérience, recherches, présentation d'une œuvre, etc.)

  • Notion de parcours

La Ligne De Vie accompagnerait l'apprenant, s'il le désire, tout au long de sa vie, à l'image du désuet “carnet de liaison ou de notes” qui accompagnait la scolarité des collégiens et qui recensait aussi bien les résultats, que les correspondances administratives avec les parents et qui exposait encore l'emploi du temps ainsi que le détail du règlement intérieur. La Ligne de Vie accompagnerait ainsi de façon transversale l'apprenant dans ses différents épisodes d'apprentissage, le confortant dans ses choix et lui permettant de peser la cohérence d'un parcours qui ne semble pas l'être au premier abord; car chaque individu est différent et en termes de choix, il n'est guère de norme qui puisse prévaloir sur une autre

  • Notion de préoccupations

Les préoccupations peuvent ici prendre la forme d'unités ou de niveaux de connaissances (cadre de référence commun pour les langues par exemple). Ces épisodes de formations peuvent être ouverts et fermés à souhait en fonction des préoccupations actuelles de la personne.

  • Objectifs à atteindre.

Ce point serait à débattre dans une section éthique plus approfondie que celle qui va suivre. A savoir, est-il indispensable de poser des objectifs en terme d'apprentissage ? Dans quelles circonstances et comment éviter de possibles dérives liées à la compétitivité ? Néanmoins le système de la Ligne De Vie s'adapte tout à fait à l'éventualité de l'utilité de la pose d'objectifs divers.

  • Possibilité d'attacher à la ligne de vie de l'apprentissage des documents (administratifs, des productions, des travaux collaboratifs, des accès à des projets collectifs, des ressources de formation etc.)

L'ergonomie sera travaillée de façon à permettre une utilisation simple et instinctive de l'outil. On pourrait aussi imaginer utiliser les avancées en matière de nouvelles interfaces (tactiles notamment) afin de rendre l'outil plus attrayant et accessible.

  • Les droits d'accès

Ils sont définissables par l'utilisateur lui-même et schématisés sous forme d'une rosace. Ils permettent de définir le degré de confidentialité de certaines informations, de choisir les interlocuteurs pour lesquels on fixe tel ou tel degré de droits.

  • Le principe de l'architecture sous forme de lien serveur de ligne de vie/client “poste de travail” est totalement applicable et représente la réalité du Cloud Computing de demain. Elle résout en partie les problèmes de partage (au delà de certains serveurs centraux de ressources, des utilisateurs épars sur le globe pourraient posséder des copies de ces contenus afin de diminuer les temps d'accès aux ressources et assurer la sauvegarde de ces données. C'est déjà le principe sur lequel sont basés les logiciels de peer-to-peer)
L'organisation de la transmission de la construction et du partage des ressources et des connaissances
  • équipe pédagogique

L'équipe pédagogique, plus variée encore, au sens d'équipe travaillant en collaboration : enseignant, conseiller d'orientation, éducateur, maître d'apprentissage etc. doivent désormais travailler main dans la main afin d'offrir un service de meilleur qualité. Elle pourrait dans certains cas être constituée et organisée “à la carte” par l'étudiant.

  • outil de rédaction commune de document

outil de contributions collectives: Wiki, forums

  • outils de communications
  • “profil” pour l”échange libre de connaissance
  • fixer des objectifs associés à un calendrier : tel examen à telle date; telle compétence en tant de temps etc.
  • croisement des lignes de vie

Ces croisements correspondent à la schématisation des différentes rencontres que l'on peut faire dans le cadre de son parcours d'apprentissage et d'enseignement. Il s'agit juste d'une autre façon de considérer les Listes de Droits d'Accès, mais qui pourrait avoir une application graphique.

  • mutualisation, open source et “gratuites” de ressources pédagogiques communes (exemples: textes originaux sur wikisource, noyaux pour des simulateurs, exercices types et corrigés etc.)
Orientation et recherche d'emploi
  • Concernant l'orientation et l'aide à l'orientation on pourrait ajouter des modules comme la gestion d'un

E-portfolio

  • outil de type guide-line (intégré dans le logiciel)
  • outil d'orientation personnalisé (suivi du parcours sur le long terme) avec un accompagnateur : revalorisation du parcours individuel. Des personnes plus expérimentées et motivées pourraient apporter leur aide concernant des choix à prendre
  • outil intégré d'aide à la constitution de curriculum vitae.

On pourrait ajouter des liens en rapport avec les formations ou expériences qui détaillent le contenu de l'objet selon des règles de droits croisés entre ceux du créateur du CV, de la structure dans laquelle a été réalisée la formation ou l'expérience en question ainsi que de la personne qui consulte le CV. Cela pourrait rejoindre la notion de “profil” avec des thèmes d'intérêts communs donnant lieu à des rencontres pour des échanges de connaissances d'égal à égal Des groupes de pairs peuvent être mis en place au sein d'une même profession pour traiter de problèmes communs. Par exemple des enseignants pour des enfants en bas âge pourraient se réunir régulièrement afin de discuter entre eux des actions qu'ils ont réalisées, des décisions qu'ils ont prises dans des situations “délicates”. Cela permettant une perpétuelle remise en cause de sa pratique, de ses méthodes pour tendre vers une amélioration permanente.

Exemples de Scénari possibles

Le professeur peut, en local dans un logiciel qui gère la ligne de vie, en local piloter les dossiers de ses étudiants avec pour chacun une ligne de vie. Les mises à jour des informations se faisant lors de la connexion automatique avec le serveur de LdV. Ailleurs, il peut disposer “d'un client léger” qui lui permet d'interagir avec ses outils propres sur la LdV de l'Etudiant présente sur le serveur de LdV avec la visibilité correspondant aux autorisations en place.

De son côté, l'étudiant gère sa LdV avec des données qui peuvent ne pas être visibles par le professeur. Il peut également ne pas avoir accès à des informations que le professeur juge personnelles ou confidentielles. Il peut aussi partager une partie de sa LdV avec d'autres étudiants ou d'autres ressources externes.

Seules les données ayant reçu autorisation seront accessibles par le biais du serveur de LdV. Ainsi seuls les éléments essentiels seront mis à disposition afin de respecter à la fois la discrétion et de ne laisser que des informations pertinentes sur le serveur pour le partenaire. Il peut tout aussi bien s'agir de données acquises que de questions à résoudre.

On peut aussi envisager la gestion de la LdV du Professeur qui aura plusieurs “cours” ou cursus soit actifs soit en préparation. Il pourra gérer ses contenus, les mises à jour en temps réel, le partage des ressources externes. Lorsqu'un “cours” est proposé à des étudiants régulièrement inscrits, il donnera des autorisations d'accès à ces derniers qui pourront travailler à leur rythme, respecter les échéances proposées, intervenir sur les contenus ? par l’intermédiaire de wikis. La partie pédagogique, les échanges sur la compréhension pourront se réaliser ici, à l'image d'un cours en présentiel et au vu de tous les étudiants autorisés. Ici se grefferont tous les outils de l'internet disponibles : vidéos, twitter, vidéo conférence en temps réel…

Les professeurs auront bénéfice à utiliser leur ligne de vie pour la gestion de leurs projets de recherche et de l'équipe avec laquelle ils travaillent.

3.4 Éthique

Des écueils et des dérives possibles

Il faudra, au long du développement des réflexions puis de l'implémentation, veiller à rester fidèle aux principes démocratiques d'une école citoyenne; en soumettant continuellement à l'épreuve de la raison et de l'esprit critiques les possibles évolutions de ces caractéristiques.

On cherchera ainsi dans l'immédiat de faire en sorte d'éviter de :

  • laisser croire que l'étudiant va “tout seul” se débrouiller, faire son enseignement à la carte. Un apprenant a besoins de ressources, s'améliore en se confrontant à ses pairs et peut être judicieusement guidé par qui a plus d'expérience que lui. Un référentiel centré sur l'individu cherchant à améliorer son autonomie ne signifie pas indépendance illimitée.
  • se laisser enfermer dans un enseignement personnalisé “performant et compétitif”

(évaluation internationale PISA) dont l'objectif principal et d'adapter l'étudiant à la compétitivité qu'il rencontrera en entreprise. Il est important de penser aux finalités de l'enseignement et de le considérer comme un processus naturel et continu dont la base doit rester fidèle à l'idéal de vie sereine en communauté. Sans cela, la finalité de l’enseignement s’éloignerait davantage de l’éducation pour devenir de l’employabilité.

  • Enfermer l'individu dans une identité catégorisée selon des critères rationnels et quantifiables.

Effectivement, en ce qui concerne l'orientation, le danger est de voir les qualités, les défauts, un parcours passé et d'imposer un tracé à venir sans prendre en considération d'autres critères externes (évènements familiaux, conjecture politique, économique, état de santé etc.) et il faut veiller à laisser à l'utilisateur de la Ligne De Vie de l’Éducation la marge de manœuvre suffisante pour ne pas instrumentaliser et imposer des choix.

  • Laisser de nouveau se confondre les tâches d'enseignant, de pédagogue, éducateur civique, tuteur, conseiller d'orientation.

Il n'est pas exclu que certaines enseignants dont c'est la vocation puissent être tout cela à la fois mais combien d'entre eux se trouvent dans des situations qu'elles ont en horreur (faire la police dans une classe indisciplinée alors qu'elles ont surtout à cœur de transmettre leurs connaissances ?!)

N.B. Il serait intéressant de proposer une réflexion sur les limites jusqu’aux quelles il peut encore être bénéfique de ne pas séparer ces tâches et jusqu'à quel point il est raisonnable de le faire.

* si les solutions techniques doivent présenter des normes internationales et certains cadres normés (langues Le Cadre européen commun de référence pour les langues CECRL, LETSI, SCORM..) il faudra à tout prix éviter la dictature des normes qui entraineraient trop de contraintes, qui pourraient brider la liberté, la créativité. Il faudra veiller à les rendre transparentes pour les utilisateurs.

* Ne pas enfermer les enseignants dans un cadre de normes et d'obligations de résultats, ce que fait le livret de compétences. Par exemple dans la ligne de vie; pour chaque matière étudiée, ne pas montrer un résultat d'examen qui est le produit d'un jugement de valeur subjectif d'un professeur mais plutôt valoriser la publication de travaux de synthèse ou de fond (exposition, mémoire, compte rendu d organisation d'évènement, pièce de théâtre, court-métrage, sculpture, produit artisanal etc.)

Tous les outils dont on parle, y compris la Ligne de Vie, ne sont pas en eux mêmes des “outils démocratiques”. C'est l'usage que l'on en fait, c'est la manière dont on les utilisera. Ce que l'on peut dire c'est qu'ils permettent une éducation démocratique alors que d’autres ne le permettraient pas. A eux seuls ils ne sont pas la garantie d'une “perversion” bien sûr ! Aussi cette étude est-elle indissociable de l'étude préalable et de l'état des lieux en termes de pratiques citoyennes et démocratiques, d'éducation et de technologies du Web.

Synthèse

- Les concepts sont identifiés - Les outils existent Il s'agit, simplement, de permettre un nouveau mode de vision grâce à un changement de référentiel judicieux. C'est, en réalité, une démarche de rupture de paradigme.

1) Legras (2008) , « Violence ou douceur. Les normes éducatives dans les sociétés grecque et romaine », Histoire de l’éducation [En ligne] , 118 | 2008 , mis en ligne le 01 janvier 2013, Consulté le 12 juin 2011. Bernard Legras
2) “Tout citoyen, en outre, était autorisé à réprimander et à punir les enfants qu'il trouvait en faute ; s'il eût négligé de le faire, il se serait exposé à être puni lui-même.” éducation chez les Spartiates
3) la loi de 1882
4) Les écoliers français de 9 à 11 ans passent en moyenne 890 heures par an en classe contre 640 en Finlande ! source : Regards sur l'éducation 2008 | Les indicateurs de l'OCDE
5) Évolution du nombre de bacheliers depuis 1985
6) publication du Ministère de l'éducation nationale L'état de l'école 2009
8) Propos défendu par Marguerite ALTET, Professeur de sciences de l'éducation. Université de Nantes | Recherche et Formation N° 15 Avril 1994
9) Le doctorat dévalorisé Faut il vraiment faire un doctorat
10) Ce centre de recherche se consacre à l'analyse du monde contemporain et la recherche sur le système politique international CERI.
11) PERSONNALISER L’ENSEIGNEMENT – ISBN-92-64-03661-X © OCDE 2006
12) ministre chargé des normes scolaires du Royaume-Uni
14) Février 2011 Dares Analyses n°010 édité par le Ministère du travail, de l’emploi et de la santé | L’APPRENTISSAGE EN 2009 :baisse des entrées, hausse de la part du secteur tertiaire
15) Intégrer la voix des étudiants et choix des cours de formation des enseignants La salle de classe démocratique - Morrison
16) liste des 10 principes de la démarche pédagogique originale de la “Main à la pâte” de de la mise en place des partenariats |La main à la pâte
17) Pierre Rosanvallon (2008) - La légitimité démocratique. Le Seuil
22) (source INSEE minitel 36 17 PVI, code PVIC321006 prix moyen des mémoires
23) source INSEE minitel 36 17 PVI, code PVIC321005 prix moyen des microprocesseurs
24) (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie | La diffusion des technologies de l'information et de la communication dans la société française (2009)
25) plus le coefficient de Gini est élevé et plus fortes sont les inégalités : un coefficient de Gini égal à zéro signifie qu’il n’y a pas d’inégalités, tandis qu’un coefficient de Gini égal à 100 % signifie qu’un seul groupe détient tout l’équipement, les autres groupes en étant totalement privés | La diffusion des technologies de l'information et de la communication dans la société française (2009)
26) DISPOSITIFS TECHNIQUES POUR L'ÉDUCATION, LA FORMATION ET L'APPRENTISSAGE Point de vue des industriels sur les évolutions - Bernard Blandin -
27) , 29) DISPOSITIFS TECHNIQUES POUR L'ÉDUCATION, LA FORMATION ET L'APPRENTISSAGE Point de vue des industriels sur les évolutions Bernard Blandin, CAIRN
28) Cette approche est illustrée par le projet conjoint du Joint Information Systems Committee – JISC) britannique et du Department of Education, Science and Training (DEST
30) Lifelong Learning Program LLP
31) Félix Gaffiot, Dictionnaire latin français, Hachette, 1934 [civis| archive]
32) Christiania Litteratur Christiania Litteratur
33) Le Littré, 1880
34) Citoyenneté Wikipedia
35) classement Google Google
36) wikipedia wikipedia
37) novaterra novaterra
38) adconion Adconion
40) emarketing Deshayes
41) KIJIJI - Petites annonces gratuites KIJIJI - Montréal
54) Education, TICE technofutur TIC
55) Philosophe, chargée de cours à l'Université libre de Bruxelles
56) Outil de gestion de la Prévention et du Dépistage Phlippe Ameline
58) Alternative Education Resource organization | Education - Révolution
59) Nouveaux paradigmes de soins de J. Cohen (21st Century Challenges for Medical Education ; 9th International Medical Workforce Conference ; Melbourne, Australia ; November 2005)
 
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